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LYANNAJ KONT PWOFITASYON

Le peuple de Guadeloupe se révolte

"Sarkosy prétend que la situation en Guadeloupe n’intéresse pas les travailleurEs de l’hexagone..."

Publié le 4 mars 2009 par Pascal

Depuis le 20 janvier 2009, la Guadeloupe vit des événements historiques à plus d’un titre.

Historique l’ampleur du mouvement qui dure sous la forme d’une grève générale toujours reconduite ce 20 février, historiques le soutien et la solidarité populaires qui continuent à s’exprimer dans les rues et sur les ondes, historique aussi la naissance d’une société civile guadeloupéenne, historiques aussi la prise de conscience et la compréhension collectives de la situation socio-économique de l’île qui n’excluent pas, bien au contraire, la réflexion sur l’Histoire de ce territoire.

A consulter : Le site officiel du LKP

Origine et préparation du mouvement.

A l’origine de ce mouvement, un collectif : le LYANNAJ KONT PWOFITASYON (trad° : « Alliance contre l’exploitation extrême ») Il regroupe des organisations très diverses : syndicats et fédérations, partis politiques, des associations socioculturelles. (ADIM - AFOC – AGPIHM - AKIYO – AN BOUT’AY - ANG - ANKA – ASSE - ASS.AGRICULTEURS DU NORD BASSE-TERRE – ASS.LIBERTE EGALITE JUSTICE - CFTC - CGTG – CNL - COMBAT OUVRIER – COMITE DE L’EAU - CONVENTION POUR UNE GUADELOUPE NOUVELLE – COPAGUA – CSFG - CTU – ESPERANCE ENVIRONNEMENT – FAEN SNCL - FO – FSU – GIE SBT - KAMODJAKA - KAP Gwadloup - LES VERTS - MADICE – MAS KA KLE - MOUVMAN NONM - PCG – SGEP/SNEC/CFTC - SOS B/Terre ENVIRONNEMENT - SPEG - SUD PTT GWA – SUNICAG - SYMPA CFDT - TRAVAYE é PEYIZAN - UDCLCV - UIR CFDT – UNSA - UGTG - UPG - UPLG - UMPG – VOUKOUM. ).

Il s’est formé mi-décembre suite à des actions fin novembre et début décembre en Guyane puis en Guadeloupe (barrages et paralysie plusieurs jours de l’île pour dénoncer le prix des carburants et le monopole de la SARA (Société anonyme de raffinerie des Antilles).

Les collectivités locales (Région et Département) ainsi que l’Etat, s’engagent.

Le prix baisse à la pompe, cela est garanti 3 mois en attendant qu’une commission d’enquête aux comptes rende un rapport pour mettre en lumière la façon réelle dont la SARA fixe ses tarifs. Toutefois de nombreuses forces syndicales restent amères et déclarent que l’on se fait berner encore.

C’est l’argent des Collectivités aidées par l’Etat qui va aller dans la poche de la SARA pour lui payer la différence en attendant le rapport d’enquête.

C’est aussi de là qu’est né le collectif.

Il s’est réuni très souvent depuis mi décembre pour élaborer une plateforme de 146 revendications reparties en 10 thèmes (Niveau et conditions de vie / Education / Formation professionnelle / Emploi / Droits syndicaux et Liberté syndicale / Services Publics / Production / Aménagement du territoire et infrastructure / Kilti (Culture en Créole) / Arrété pwofitasyon (mettre fin aux abus) (Pour plus de détail sur la plateforme : www.lkp-gwa.org).

Cette plateforme est loin d’être une « liste au père Noël », comme on a voulu la décrier. Le LKP intervient sur tous les points de façon analytique, argumentée et réfléchie. L’organisation de l’action a tout aussi été impeccable, en amont et à chaque manifestation ou meeting.

C’est début Janvier que le LKP appelle à la grève générale et reconductible à partir du 20 janvier (N.B. : la Fsu n’a pas été signataire de ce 1er tract, seul le Snuipp parmi ses syndicats a signé. Le Snes U&A de Guadeloupe est sorti de son silence le 26 seulement. Ainsi l’intersyndicale de l’Education ne fonctionne que dans le primaire….)

Le LKP s’est rapproché aussi et au préalable des gérantEs de stations services. Ils sont du LKP pour la plupart et décident de fermer leurs pompes dès le 19.

Ce qui a été effectif : la Guadeloupe commence le lundi 19 janvier à se paralyser pacifiquement faute de carburant. Le soutien des gérantEs et pompistEs restera très important tout au long du mouvement, tant pour la paralysie pacifique que pour permettre de grandes manifestations, car les Bus affrétés par le LKP pour se rendre aux points de rassemblements n’ont jamais manqué de carburant…

Début de la grève générale.

A partir du 20 janvier des meetings quotidiens se tiennent devant le Palais de la mutualité à Pointe-à Pitre (PAP). Des AG quotidiennes se tiennent aussi à l’Université, dans les entreprises et administrations et reconduisent la grève. Le fonctionnement très démocratique du collectif est remarquable et mérite d’être salué.

Le LKP exige de négocier avec tous les partenaires réunis (Etat, Région, Départements, élu-e-s locaux et nationaux, représentantEs du patronat). L’argument est clair et simple : la situation de la Guadeloupe n’est pas nouvelle, ni les revendications du LKP. Et depuis des années on se fait balader d’un interlocuteur à l’autre sans rien faire avancer.

Le préfet traîne des pieds, soutenu par le président du Conseil Régional, Victorin LUREL (PS). Une grande manif le samedi 24 à PAP réunit plus de 24 000 personnes. Le 25, alors que les manifestations carnavalesques ont été annulées, AKIYO, groupe culturel populaire, membre du LKP, déboule dans les rues de PAP entraînant dans son vidé plusieurs milliers de personnes.

Lundi 26 et mardi 27 débuts des négociations quadripartite (Etat, en la personne du préfet / patrons/ élu-e-s locaux et nationales –président de l’association des maires, quelques députés et sénatrices/ LKP).Accord est pris sur les méthodes de négociations (en particulier qu’elles restent quadripartites) ainsi que sur les points prioritaires parmi les 146 (dont la hausse de 200 euros nets des plus bas salaires) pour réponse immédiate, condition sine qua non de l’arrêt de la grève générale.

Les négociations se déroulent en lieu neutre. Beaucoup de monde s’y retrouve en soutien pacifique. Tous les débats sont retransmis en direct : télés, radios, écran géant devant la salle de réunion. Les GuadepoupéenNEs ont suivi avec passion et assiduité ces négociations avec mise à jour de nombreuses pwofitasyon, avec réflexions et analyse de la situation et de l’Histoire de l’île, démasquant aussi la classe politique et les patrons.

Mercredi 28 : le préfet après un communiqué vaseux de Jégo qui n’apporte rien, quitte la table des négociations et change unilatéralement la méthode de travail acceptée par tous. Le mépris et la surdité de l’Etat persiste encore.

Vendredi 30 janvier, en réaction à la rupture des négociations par l’Etat, environ 65 000 pers. dans les rues de PAP à l’appel du LKP, après 11 jours de pénurie à la pompe ! 65 000 pers. Soit plus de 16 % de la population (400 000 env.) !

Jégo est arrivé, sans se presser…

Dimanche, enfin, Jégo arrive en soirée, le préfet, avant même son arrivée, appelle à reprendre la distribution d’essence. Préalablement de nombreuses compagnies de CRS et de gendarmes mobiles ont atterri avec munitions, blindés et matériel, entre autre les funèbres sacs pour rapatrier les morts….

Lundi 2 Le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, rattaché au ministère de l’intérieur dans ce gouvernement, rappelons-le, reçoit trois fois patrons et les eluEs. Pas le moindre RDV avec le collectif. En revanche, il rencontre les gérants de station et signe un accord avec eux. Le Mardi 3 donc, tentative d’inverser le rapport de force : l’essence est de retour. Le recteur appelle toute la communauté scolaire à reprendre le jeudi 5 : ce sera un fiasco. Comme pour le retour du carburant après un petit coup de robinet pour que touTEs puissent tenir (ravitaillement des magasins) les conducteurs de citerne, les pompistes puis les gérants à leur tour se déclarent toujours du Lyannaj. Fermeture du robinet, hors quelques stations réquisitionnées pour des services prioritaires.

Du mercredi 4 février au dimanche 8 février 2009 – Jégo rencontre enfin le collectif, les négociations avancent mais elles sont interrompues par le départ précipité et cavalier d’Yves Jego à l’heure même où il avait donné rendez-vous aux différentes parties pour la signature d’un accord régional interprofessionnel sur les salaires en Guadeloupe, négocié avec le patronat et le LKP pendant 18 heures, en présence des Collectivités Régionale et Générale. Il se dédira à Paris.

Chaque jour durant les négociations en préfecture de Basse-Terre (B-T), de grands rassemblements pacifiques de soutien sont organisés. Le samedi 7 février en particulier, 50 000 pers ont défilé dans les rue du petit chef-lieu, ce qui dépasse largement le nombre d’habitantEs de B-T (15 000 env) et atteint presque celle de toute l’agglomération qu’il draine (autour de 75 000).

Il est à noter aussi qu’à cette date déjà de nombreux/SES artistES se sont engagéEs en soutien au LKP. Des titres, en tout genre (rap, raga, gwo ka, zouk) inondent les ondes des radios locales, et des meetings avec concerts/ spectacles de solidarité sont réguliers. Notons aussi que le 6 février un documentaire Les derniers maîtres de la Martinique ramenait au premier plan des problématiques du LKP (le problème d’une société « fondée sur un rapport de races et de classes ». Un boycott des produits de ces grands patrons Békés (2) racistes démarre.

La semaine du 9 au 13 février la mobilisation se poursuit. Des actions et meetings se délocalisent dans les communes plus petites. Les négociations continuent avec les acteurs locaux. Les petits entrepreneurs trouvent un accord avec le LKP pour l’augmentation des 200 euros. En fin de compte, pour l’instant encore seuls l’Etat et les grands patrons bloquent encore sur cette revendication essentielle.

Pendant ce temps, le préfet réquisitionne de plus en plus de stations et petit à petit de plus en plus de véhicules non prioritaires font le plein. Il envoie des escadrons pour rouvrir un Carrefour, le plus grand hyper de Gwada. Notons que le Snes de la Guadeloupe aura maintenu son Congrès académique (15 à 20 camarades présentEs au lieu des 60-80 d‘habitude…) du 11 au 13…

Samedi 14 février, plus de 80 000 manifestantEs ont défilé en soutien au collectif LKP, ici et là sur l’île. Malgré la fermeture des stations services et le manque de carburant, plus d’unE GuadeloupéenNE sur cinq étaient dans la rue...

Un rassemblement a lieu au Moule, en souvenir des 4 ouvriers agricoles morts le 14 février 1952 sous les balles de la répression policière alors qu’ils étaient en grève reconductible paralysant une grande sucrerie toujours détenues par des Békés. Les événements de mai 67, où là encore on a tiré sur la foule des manifestantEs restent bien présents dans les mémoires. (2)

Et pour cause …

Durcissement du mouvement

Dès le lundi 16, à l’appel du LKP de durcir le mouvement pour faire front contre le mépris et la surdité de l’Etat et des grands patrons, pour faire face à la tentative du préfet de ruiner le mouvement en rouvrant les hyper et les pompes, des barrages s’érigent sur toute l’île, tenus par des membres et sympathisantEs du LKP. Sur un barrage du Gosier, une cinquantaine de manifestantEs seront molestées, injuriées et embarquées. 40 ont été relâchéEs rapidement.

Mais dix d’entre eux ont été convoqués devant la justice, en juin. Ces 10 militants ont été retenus au commissariat central de PAP, et devant la pression populaire, ils ont été relâchés dans la soirée. Le syndicaliste guadeloupéen Alex LOLLIA, un des responsables du collectif LKP, s’est vu délivrer 5 jours d’interruption temporaire de travail (ITT)et a expliqué aux journalistes présents : "les CRS sont arrivés en masse, ils ont commencé à nous frapper et à lancer des gaz lacrymogènes. C’était excessivement violent". Il a affirmé avoir entendu des policiers proférer des insultes racistes. Il y a de nombreux témoins de la scène.

Il est encore actuellement à l’hôpital d’où il a lancé un appel après l’assassinat de Jacques BINO.

Sur les autres barricades, s’installe un jeu pacifique du chat et de la souris. Les forces de l’ordre arrivent sur un barrage, demande d’évacuer, le LKP évacue (peu de lacrymo ont été nécessaires), les manblo (mot à mot : les hommes en bleu) rouvrent la voie, restent un peu, puis s’en vont sur un autre et le LKP en remonte tranquillement au même lieu, souvent plus gros ou double.

Le soir du lundi, des « jeunes » prennent les barrages, certains seraient armés de fusil de chasse, ou à canon scié, d’après les journalistes. Des pillages de boutiques de marque (signe de la « maladie du caddie » comme on a pu désigner le consumérisme ici) mais aussi des saccages de lieux plus symboliques (en particulier appartenant aux grands groupes des Békés qui ont tenu des propos racistes dans le documentaire (Cf. supra).

Le chômage des jeunes (- de 29 ans) atteint les 45 % en Guadeloupe, la formation et l’éducation restent à l’abandon et subissent des restrictions depuis des décennies. Rien d’étonnant si l’académie de la Guadeloupe se classe avant dernière, devant la Guyane, en termes de résultats scolaires !

De véritables « ghettos » existent en Guadeloupe (c’est l’expression même que l’on emploie ici pour désigner ces quartiers pauvres et délabrés), où trop souvent violence, alcoolisme, crack et prostitution fleurissent sur le substrat de misère que les Pouvoirs entretiennent ici.

Mardi, rebelote ! Jeu du chat et la souris sur les barrages, sans arrestation cette-fois. Mais le soir, à nouveau les « jeunes » occupent le terrain. Un membre du LKP, représentant l’association socioculturelle Akiyo et syndiqué à la CGTG, est tué par balle (3 auraient été tirées), à la sortie d’une réunion du collectif. Il a été atteint non pas par une arme de gros calibre, mais par une arme de guerre.

A 5 Heures du matin, le préfet a appelé Elie DOMOTA (porte-parole du LKP) pour lui donner l’information et lui affirmer que l’on ignorait d’où provenait le tir et qui avait tiré. Dans la matinée pourtant, les services et les représentants de l’Etat mettaient clairement en cause « les jeunes »...

Jacques, fonctionnaire aux Impôts, travaillait depuis quelque temps sur un dossier mettant en cause des personnalités ayant des fortunes mal acquises ou non déclarées... Beaucoup de zones d’ombre donc sur cette affaire. Beaucoup de jeunes dits « casseurs » sont interpellés ce soir là.

Mercredi, même détermination du LKP et nouvel appel au calme. Un rassemblement a lieu le soir à PAP sur les lieux du crime de la veille dans le silence et le calme. Sarkozy n’avait pas prévu la Guadeloupe à l’ordre du jour de sa rencontre à l’Elysée avec les confédérations qui le lui réclament. La nuit, nouveaux conflits entre les jeunes et les forces de l’ordre, avec interpellations.

On apprend que deux armureries ont été dévalisées. Le soir, dans son intervention télévisée, le chef des armés fait une vague allusion à sa rencontre du lendemain avec les éluEs de la Guadeloupe. Rien de plus, depuis le petit mot du genre « je pense bien à vous » envoyé depuis Bagdad, il y a bien longtemps déjà.

Jeudi 19, une grande manifestation s’est déroulée à PAP, rassemblant encore des dizaines de milliers de personnes, en mémoire du camarade et pour dénoncer les violences et la répression.

L’heure était grave, touTEs portaient le deuil du camarade assassiné, et touTEs attendaient avec impatience les déclarations de Sarko. A 16h, la manif allait accompagner les représentantEs du LKP au Port autonome pour leur rencontre avec les médiateurs, laissés en place de JEGO. Des barrages subsistent toujours au bouclage de l’article.

Le peuple debout et uni

Ce qui ressort de ce mouvement social toujours en cours, et qui fait sa force et sa légitimité, c’est le très large soutien populaire qu’il reçoit, même de celles et ceux pour qui on prend en compte déjà la cherté de la vie (les fameux 40 % pour les fonctionnaires).

Son caractère intersyndical, interpro et populaire se manifeste dans la rue lors des manifs massives, dans les conversations en lolo (3) ou en file d’attente pour du carburant, dans des appels nombreux à la radio. Certains - sur des sites et des blogs - tentent de discréditer le mouvement social guadeloupéen en attribuant à ses portes paroles des propos ou des pensées racistes.

Ils essaient également de minimiser le soutien populaire apporté au mouvement et au collectif par la population de l’île (une pétition circule d’ailleurs pour l’arrêt du mouvement, ayant à ce jour récolté moins de 5500 signatures... alors qu’il y avait plus de 80 000 manifestantEs samedi 14 dans toute l’île...).

Des réseaux de solidarité qui existent et sont bien rôdés en Guadeloupe, ne serait-ce que dans les situations cycloniques, sont réactivés sous forme militante. Les magasins et pompes vides ne font pas décourager les GuadeloupénNEs dans leur détermination à aller jusqu’au bout, on échange, on collecte des denrées pour redistribuer à ceux dont les réserves commencent à manquer. On reste zen dans les files d’attente. On redécouvre les produits locaux et les commerces de proximité.

Les points de vente directe des produits agricoles à la population se multiplient. Comme l’a déclaré le LKP, il faut souhaiter que la Guadeloupe ne rechute pas aveuglément après la crise dans la « maladie du caddie » et dans le jeu de la société de consommation et du spectacle.

Si la population est si soudée autour du LKP, c’est aussi parce que ce dernier a fonctionné de façon transparente et démocratique et qu’il a mis à jour les tenants et aboutissants de cette situation, tout en avérant et dénonçant abus scandaleux et exploitation inhumaine : pwofitasyon.

Un Etat qui reste dans une gestion coloniale de la crise

Ce que le mouvement et le LKP mettent bien à jour est cet assujettissement malsain et méprisant de l’hexagone pour un département, a priori, depuis 1946. Mais l’Etat garde une logique coloniale dans la gestion de la crise. La répression et les forces qui continuent à atterrir sur l’île. Le mépris du préfet, qui ne tient pas parole. Le mépris de Jégo qui n’arrive qu’après 10 jours de conflit, s’entendant avec les notables (élu-e-s et patronat) avant de recevoir le LKP, Jégo qui pose un lapin et part à la va vite pour se dédire à Paris.

Le mépris de Fillon et de Sarkozy surtout, dans leur silence et inaction, hors répression, d’autant plus mal perçu quand on a vu ces messieurs plus d’une fois sur le terrain à la rencontre des victimes de la tempête ou des travailleurEs en colère de l’hexagone, bien peu de jours après le début d’un conflit.

Les GuadeloupéenNEs ont commencé par demander dignement, enfin, l’égalité républicaine. Ils en sont, aujourd’hui, à dénoncer une république qui les ignore et les opprime.

La collusion entre l’Etat et les grands patrons : une société coloniale qui perdure et qui reste le terrain des pires expérimentations ultralibérale.

Cela est patent. Ce sont les seuls qui bloquent encore sur la revendication immédiate de hausse des bas salaires, pour mettre fin aussi à la grève. Le capital en Guadeloupe et plus encore en Martinique reste entre les mains d’une poignée de personnes dont la plupart, des Békés, tiennent leur fortune d’un héritage de triste mémoire : l’esclavage. Le racisme de certains d’entre eux exprimé ouvertement imprègne la société : la discrimination à l’embauche pour les postes à responsabilité est une réalité. On ne laisse aux GuadeloupéeNEs que les organismes de gestion de la misère(ANPE, ASSEDIC, Mission d’insertion…).

L’Etat le cautionne depuis toujours et les politiques fiscales qui constituent l’essentiel des plans DOM successifs ne font que creuser les écarts(la défiscalisation prospère, ici, et avec les privilégiéEs). Comme certains de ces dérèglements ultralibéraux spécifiques aux DOM, expérimentés par le passé, l’Etat propose, aujourd’hui, de mettre en place en Guadeloupe dès cette année le RSA…

Un réservoir de près de 25 % de chômeurEs (45 % chez les jeunes), sans compter la pléthore de RmistEs, permet aussi aux employeurs (Etat compris) de faire de la Guadeloupe un des départements les plus touchés par l’emploi précaire.

Cela ne semble pas suffire à certains patrons, planteurs de canne, puisque durant le mouvement, nous avons appris qu’un ouvrier agricole, Haïtien, sans papier est mort la jambe broyée par une machine agricole. La majorité de ses collègues de travail étaient dans cette même situation de travailleurs clandestins non déclarés…

Et c’est aussi à ces valeureux chefs d’entreprises guadeloupéens que Sarko veut donner des enveloppes pour relancer la production locale…

Des élu-e-s penauds et pour cause !

Autre conclusion patente : la responsabilité de la classe des Elu-e-s de la Guadeloupe. Le LKP l’a bien fait comprendre en refusant de ne négocier qu’avec eux. La légitimité de beaucoup d’élus locaux – théoriquement représentants du peuple, n’est plus, si tant est qu’elle le fut.

La retransmission en direct des premières négociations en a bien fait prendre conscience aux GuadeloupéenNEs. Le ralliement des élu-e-s aux revendications du LKP (bien vieilles pour la plupart), après plusieurs semaines de grève générale et alors qu’ils sont tous au pouvoir à tour de rôle depuis des lustres, ne laisse personne dupe ici.

Le fait que Sarko les reçoivent le 19 février à l’Elysée tient encore de l’autisme : le LKP et le peuple de la Guadeloupe ne cessent de dire depuis un mois sa défiance envers un bon nombre de leurs soi-disant représentantEs. Un mépris de plus, surtout quand il condescend la veille à recevoir et écouter des syndicalistes de métropole suite à une unique journée de grève le 29 janvier… mépris ? ou, vu l’ampleur et la durée de la mobilisation ici, véritable provocation façon « Karcher » ou « racailles »….

Un mouvement émancipateur exemplaire : à quand la contagion …

La maîtrise de l’action et du rapport de force en Gwada autour du Lyannaj Kont Pwofitasyon, son fonctionnement démocratique au sein d’un vaste collectif, la force de raison et de dignité des revendications, l’adhésion populaire la plus large avec une prise de conscience collective via une réflexion socioéconomique, politique, Historique et Identitaire qui passionne ici toutE unE chacunE, sur bien des points donc, ce que nous vivons en Guadeloupe est Historique et force l’admiration.

La Martinique nous a suivis.

La réunion se lance.

La Guyane s’y prépare.

On entend les « responsables » syndicaux nationaux appeler à « reconduire la grève du 29 janvier le 19 mars » !!!

Sont-ils à leur tour à ce point autistes et aveugles de ce qui se passe en Guadeloupe ?

Veulent-ils donner raison à Sarkosy qui prétend que la situation en Guadeloupe n’intéresse pas les travailleurEs de l’hexagone ?

__

Émancipation Guadeloupe

Le 19 février 2009, 19h.


Notes :

Gwo Ka : percussion et rythmes traditionnels de Gwada, remontant à l’Afrique et à l’esclavage.

Béké : descendant des 1ers colons français Mai 1967 : répression sanglante d’un mouvement social dont on a reconnu 7 morts dans un premier temps, puis 87 sous Mitterrrand, alors que l’on parle de plus de 300 aujourd’hui !

Lolo : petit bar-épicerie parfois aussi resto populo, très présent dans les sections rurales et les quartiers populaires, souvent ouverts à pas d’heure jours fériés compris.


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